La Fée Morgane
La Fée Morgane, reine d'Avalon, l'île aux Pommes de l'autre monde, porte une branche de pommier, symbole celtique de la paix et de l'abondance. Habile sorcière, elle joue souvent un rôle obscur, s'opposant à Arthur et manipulant les héros. Plus symboliquement, elle est une déesse hivernale des ténèbres et de la mort, par opposition à Arthur, seigneur de l'été. Elle révèle l'aspect rédempteur de son personnage lorsqu'elle se fait la reine guérisseuse d'Avalon, gardant le corps d'Arthur dans la mort.
Sœur du roi Arthur, elle devient sa maîtresse lors du rite de "l'ancienne religion" païenne Beltane.
Morgane deviendra prêtresse de cette religion païenne, plus ancienne que la Chrétienté, dont la "base" est situé sur l'Île d'Avalon.
Les prêtresses de la Déesse portent souvent des croissants de lune tatoués sur la peau sur le front ou sur les mains.
La Déesse Mère a trois visages comme les 3 phases de
la Lune :
-la jeune fille : La naissance
-La femme : la maturité (pleine lune)
-La vieille : le déclin
Morgane est guérisseuse et Magicienne, fidèle au monde merveilleux d'Avalon qu'elle abandonnera un temps pour tenter de répandre ses principes dans le monde réel qui découvre le Christ et ses lois, cette nouvelle religion où la Déesse Mère est remplacée par une vierge et où tous les rites célébrants la nature et la fécondité sont écrasés et remplacés par des rites chrétiens rendant gloires à des principes masculins.
Morgane tentera de lutter contre l'oubli que l'on veut imposer à sa culture et à la tolérance qui la caractérise.
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Viviane

Viviane est parfois fille de Dyonas, filleule d'une Sirène ou d'un roi. On la présente aussi comme
une Diane chasseresse quelque peu masculine.
Elle est née au château de Comper, au nord de la forêt, et y coule
de beaux jours jusqu'à sa rencontre avec Merlin. Elle partage une vie
mortelle au milieu des intrigues de Camelot et une existence conforme
aux êtres de Féerie sous les eaux de l'étang de Diane dans la forêt
de Brocéliande.
Elle s'adonne à la haute magie au cœur du légendaire : elle est la
Dame du lac. Belle comme toutes les Fées, elle a ce quelque chose de
plus qui enchanta Merlin.
Sur le continent, la forêt de Brocéliande passait pour l'une des plus
belles du monde connu. Merlin, en s'y promenant, passa un jour près
d'une gracieuse jeune fille qui se mirait dans l'eau d'un lac. Elle
portait le nom de Viviane.
L'enchanteur avait pris ce jour là l'apparence d'un séduisant
damoiseau et non celle d'un vieillard contrefait. Viviane engagea la
conversation et pour lui plaire Merlin lui offrit quelques
enchantements: en son honneur il fit apparaître un magnifique château
de cristal où se déroulait une fête merveilleuse, puis il rendit au
paysage son premier aspect.
A dater de ce jour, l'enchanteur s'absenta souvent de la cour du roi
Arthur: il allait en secret retrouver la jolie Viviane. Lors de ces
rencontres, Merlin de plus en plus séduit, accepta de lui enseigner
deux ou trois de ses tours les plus poétiques. La jeune fille apprit
ainsi à danser sur l'eau sans se mouiller et à faire jaillir une rivière
à sa volonté.
Mais Viviane voulait garder Merlin toujours à ses côtés. Elle réussit
à lui faire avouer presque tous ses secrets, et un jour où il s'était
endormi, la tête posée sur ses genoux, elle fit à l'aide d'un voile,
un cercle magique autour de son ami qui devint ainsi son prisonnier à
jamais. Bien sûr Merlin avait tout deviné, mais par amour il avait
laissé faire. Il était définitivement retourné dans l'Autre monde,
celui des fées et des magiciens, sans trop de chagrin car il aimait
Viviane plus que sa liberté
Fée dont l'apparition se perd dans la nuit des traditions armoricaines, c'est elle qui enleva Lancelot du Lac, célèbre chevalier de la table ronde, dont elle fit l'éducation.

La légende de la fée Margalide

Margalide
était une fée belle, très belle, si belle que sa beauté rayonnante
excita la
jalousie des Dames Blanches de la montagne de Gez qui
surveillaient l'entrée du Val d'Azun, au carrefour d'Ourout. Trop
belle pour courir librement, trop belle pour être prise par les
hommes qui n'auraient plus d'yeux que pour elle, trop belle à faire
tourner les coeurs et la raison...
Les Dames Blanches de Gez condamnèrent la pauvre Margalide à vivre
sous la terre, errant entre les fontaines de Capdivère et celle de
Bardéroun. Seule une main pure pourrait lui faire recouvrer sa liberté,
à condition que cette main déroulât jusqu'au bout le peloton de
soie rouge dont la fée était nantie. Aussi Margalide laissait-elle
flotter dans l'onde claire de la fontaine l'extrémité du fil de soie,
espérant ardemment la venue de cette main salvatrice qui changerait
enfin son destin. Un jour, la fontaine reçut la visite d'une jeune
fille d'Arcizan, venue puiser de l'eau avec sa cruche. Le ruban de
soie rouge ondulant au gré du courant éveilla sa curiosité et son désir
: sa main innocente plongea dans l'eau fraîche pour cueillir le fruit
de sa convoitise. Elle saisit entre ses doigts menus le fil dansant et
tira prestement; le fil s'enroula tout seul dans sa main, sous ses
yeux émerveillés.
Chez elle, on ne tissait que du grossier fil de lin, qui donnait un
tissu frais, certes, mais épais et terne. Jamais on ne touchait un
fil de soie; et les mains rudes de la petite paysanne s'extasiaient
sur ce fil si beau, si brillant, si doux, fin et léger comme un fil
de la vierge et qui semblait ne jamais devoir finir. Elle en ferait un
mouchoir de soie qu'elle broderait au petit point, comme les
demoiselles. Elle le ferait choir en l'église afin qu'un jeune homme
le ramassât et le lui rapportât.
Mais soudain une voix tranche le rêve de la jeune fille : c'est sa mère,
là-bas, qui
appelle. La petite entend bien mais fait la sourde
oreille : ce fil si rare, elle ne peut le laisser. Elle le tire délicatement
mais fermement, il est si ténu, si fragile, et semble naître de
l'onde même; il s'étire sans fin et le peloton de soie grossit entre
ses petites mains. S'il y en a assez, elle pourra faire un foulard
pour les jours de fête, comme il sera beau sur ses cheveux noirs....
et pourquoi pas un tablier de soie ou un châle à franges...
Au loin, la mère redouble ses appels, la voix impatiente se fait
orageuse et l'enfant hésite, partagée entre son devoir d'obéissance
et sa découverte extraordinaire qu'elle ne veut pas laisser perdre.
Elle continue d'enrouler le fil , vite, vite, le coeur battant, comme
un voleur s'emparant d'un trésor et le fil court toujours.
La colère éclate cette fois dans la voix maternelle, ce ne sont plus
qu'imprécations et menaces ... et l'enfant s'effraie. Elle tire le
fil une dernière fois, le cisaille entre deux pierres, se redresse
vivement puis rentre chez elle enfin soumise, le peloton de soie rouge
serré contre son coeur sous sa chemise, laissant son oeuvre de délivrance
inachevée.
Elle n'a pas fait trois pas qu'un cri sorti de la fontaine la fait se
retourner, un cri de désespoir et de colère. Le fil a été rompu
trop tôt... alors même que la fée apparaissait à son extrémité,
à demi sortie de sa guangue de pierre. Il s'en était fallu d'un
instant.
Depuis ce temps, MARGALIDE est restée ainsi, un pied dans la fontaine, l'autre dans le rocher, prisonnière pour l'éternité. A moins qu'un jour, une main pure en quête de merveilleux ne plonge dans l'eau fraîche de la fontaine et la délivre.

La Légende de Persine et Mélusine

Élinas, roi d’Écosse, a semé ses suivants au cours d’une
partie de chasse. Il est maintenant seul, sur son cheval, au beau milieu de la
forêt, gouttant à une tranquillité qui lui est assez peu familière. Il finit
par déboucher dans une grande clairière au milieu de laquelle se trouve une
fontaine. La fée Persine, reine des fées d’Écosse, s’y baigne. Elle
n’entend pas le roi s’approcher, sans doute trompée par les éclats de la
chasse qui se perdent dans le lointain. Elle est d’abord surprise, puis elle
reconnaît le roi qui reste interdit, bras ballants, devant une telle
apparition...
Le roi, en un clin d’œil, des sommets du pouvoir, des
cimes de la richesse, tout roi qu’il est, le roi Élinas d’Écosse tombe... en
amour.
La fée est sortie de la fontaine et se tient devant lui,
magnifique et élancée, entièrement nue... Et le cœur d’Élinas bat la
chamade, galope même !
Le cœur du roi se rend à cette femme qui semble si fragile
A cette reine de l’autre monde...
- Je m’appelle Persine, lui dit la fée. Je suis reine de mon
peuple et nos deux destins sont désormais intimement entremêlés. Je sais lire
les signes et déchiffrer les coeurs, sans jamais me tromper... Et c’est là
mon pouvoir ! Nous allons nous marier, ô roi... Mais avant tu dois me
promettre, que jamais tu ne chercheras à me voir du temps de mes couches.
Ainsi parle la fée, et le roi fait le serment attendu.
Les épousailles sont bientôt célébrées et le bonheur règne
sur le pays. De leur union naissent trois filles : Mélusine, Mélior et
Palestine. Il sont heureux...
Un temps...
Mais le bonheur, ça ne peut que se flétrir. Comme une
fleur.
Mataquas, le fils maudit, premier né du roi, d’un
premier mariage. Mataquas le jaloux, le fourbe... Mataquas pue-la-haine !
- Pourquoi donc, mon noble père, mon puissant roi, pourquoi cet interdit ?
Il y a là-dessous, à n’en point douter, quelque mystère qu’on cherche à
vous cacher, quelque trahison sur laquelle on ne voudrait pas que vous portiez
les yeux, de peur de votre juste courroux. Ne point la voir du temps de ses
couches... Vous êtes en votre royaume ! C’est vous qui commandez !
Le roi est noble et fier, alors au tout début, il
refuse d’écouter les paroles de son fils. Manquer à sa promesse, il n’en
est pas question une seule seconde...
Mais deux secondes, déjà, c’est bien plus long...
Et les jours
Les mois
Le roi est noble et fier, alors il finit par douter. Les démons le tourmentent
et lui, seul, il résiste. Mais des démons, on en a toujours à ne plus savoir
qu’en faire...
Élinas, roi d’Écosse, car il est noble et fier, entre dans la chambre où
Persine baigne ses trois petites.
Persine pousse un hurlement, et au dessus du bruit des larmes de ses filles, désespérée
elle lance à Élinas :
- Tu m’as trahie et nos cœurs se déchirent ! Désormais, et par ta
faute, je suis perdue pour toi !
Sans un adieu, ni un dernier regard, elle s’envole en fumée avec ses
enfants enveloppés dans une serviette rouge. La baignoire est vide, l’eau
s’est évaporée, et l’on raconte qu’Élinas effondré l’a remplie de ses
larmes.
Persine s’en est allée dans l’île enchantée
d’Avallon. Elle y élève ses filles pendant quinze ans. Et chaque matin, un
peu avant le jour, elle conduit Mélusine, Mélior et Palestine au sommet de la
montagne Fleurie d’Éléonos. De là, elles contemplent le lever du soleil sur
les rivages d’Écosse que l’on devine au loin.
- Voyez, mes filles, c’est là que nous aurions dû vivre, heureuses, si
votre père n’avait pas manqué à sa parole. La joie aurait été notre
quotidien alors que désormais nous sommes condamnées à cette misérable
condition...
L’amertume, la nostalgie hantent le cœur de
Persine qui ressasse sans arrêt le récit de sa tragique épopée.
Un jour, l’aînée, Mélusine, réunit ses deux sœurs en secret pour les
entretenir d’un plan :
- Pendant ce temps qui est passé, j’ai bien réfléchi... Tout est la
faute d’Élinas, notre père. Nous sommes maintenant versées dans les sciences
magiques... Il serait juste qu’il paie encore plus durement le tourment dans
lequel il nous a plongé.
Les sœurs acquiescent; le roi d’Écosse se retrouve
enfermé dans la montagne de Northumberland, que l’on appelle encore
Brumblerio. A tout jamais...
Enfermé !
Les enfants sont cruels...
- Misérable filles ! leur dit leur mère quand elle apprend la
nouvelle. Qui êtes-vous pour oser juger le destin ? Qui croyez-vous être
pour vous substituer à son bras vengeur ? Qui pensiez-vous ainsi châtier ?
Vous n’avez plus votre place sur l’île enchantée d’Avallon et nous
devons ce jour nous séparer pour ne plus nous revoir.
Elle s’adresse alors plus particulièrement à Mélusine :
- Quant à toi, qui est la plus savante, toi par qui tout est arrivé, écoute
maintenant quel est ton châtiment. Tu seras désormais, chaque samedi, Serpente
du nombril jusqu’aux pieds. Si jamais tu viens à te marier, ton mari ne devra
jamais te voir sous cet aspect ni connaître ton lourd secret. A cette condition
tu vivras et mourras comme une femme, sinon tu connaîtras la solitude et les
tourments sans fin ! Mais quoiqu’il en soit tu seras la source d’une noble
et courageuse descendance qui commettra de hauts faits.
Adieu, ma première fille, et ne reviens jamais...
Les trois sœurs se sont séparées ; Persine,
quant à elle, est restée en Avallon, toute seule avec ses souvenirs et son
chagrin.
Mélior deviendra reine des étoiles filantes et Palestine princesse des cygnes
blancs. Mais ce sont là d’autres histoires...
La jeune Mélusine va par les chemins, elle arrive en
terre de France et erre dans les forêts du Poitou. Au fil du temps, son cœur
s’apaise et une belle nuit, elle lit dans les étoiles qu’elle est désormais
capable d’aimer. Alors, comme le soleil se lève, du plus profond d’elle
jaillit un rire pur et cristallin...
Et le temps passe encore et une belle nuit, elle lit dans les étoiles que désormais
elle pourra elle aussi être aimée. Elle se rend alors à la fontaine de Sé,
au milieu de la forêt de Colombiers. Là, elle quitte sa robe et entre dans
l’eau claire pour s’y baigner au clair de la lune.
Cette même nuit, le jeune Raymondin galope dans
la forêt . Droit devant lui, il ne fait rien pour éviter les branchages qui
viennent lui déchirer le visage. Il a mal, la douleur le déchire car la
fatalité a fait de lui un meurtrier. En effet, lors d’un terrible accident de
chasse il a ôté la vie à son oncle Aimeri, le comte du Poitou.
Il galope pour oublier.
Si seulement il pouvait oublier !
Il galope sur sa monture hors d’haleine qui l’accompagne au bout de la
folie...
La chevauchée maudite débouche dans une clairière où soudainement le cheval
se met au pas. Raymondin pose pied à terre... et il s’approche de la
fontaine, comme hypnotisé.
- Je t’attendais, lui dit la fée. Il n’y a pas de mots qui
puissent te consoler, pas d’actes qui puissent revenir contre le temps passé.
C’est le destin, nous devons y faire face car c’est le lot de toute créature
qui pense et qui respire au monde.
Et Raymondin, en un clin d’œil, des profondeurs de
la folie, des abîmes du désespoir, là où l’obscurité est si opaque que
l’on s’y prend les pieds et que l’on tombe encore plus bas, et que l’on
se relève pour tomber encore, et bien Raymondin est illuminé... par l’amour.
- Il faisait froid, dit-il. Mais cette étrange chaleur tout d’un
coup... C’est vous ?
- Mais non, c’est toi !
- Je m’appelle Mélusine. Je vais t’accompagner et nous allons nous
marier, Raymondin. Mais avant, tu dois promettre, tu dois me jurer que jamais
que tu ne chercheras à me voir le samedi. A cette seule condition nous serons
heureux.
Et Raymondin fait le serment attendu.
Mélusine lui conseille de retourner à la cour du
nouveau comte du Poitou et de lui dire toute la vérité sur l’accident de
chasse. Raymondin écoute son conseil, on lui pardonne, et il obtient même pour
son mariage le fief de Lusignan.
Peut-être la fée a-t-elle tiré magiquement dans
l’ombre les ficelles du destin en faveur de Raymondin... Qu’importe, les
premières démonstrations au grand jour de ses pouvoirs sont spectaculaires :
la nuit précédent les noces, elle bâtit une chapelle où a lieu la cérémonie
et la forteresse de Lusignan dans laquelle le jeune couple s’installe.
Le bonheur est là, le pays est prospère.
Chaque nuit, Mélusine fait construire des châteaux,
des abbayes et des chapelles, au petit peuple de la terre. Gnomes, lutins,
farfadets, korrigans, à son service, de quelques pierres et d’un peu d’eau
érigent les tours, clochers, dressent vers le ciel édifices et villes entières
avant que le soleil ne reprenne sa course. Vouvant, Mervent, les forteresses de
Tiffauge, Talmont et Partenay, la tour de Saint-Maixent, les tours de garde de
La Rochelle et de Niort, l’église de Saint-Paul-en-Gâtine, et bien
d’autres... Toutes ont eut le même architecte : Mélusine. Et si un curieux
surprend la bâtisseuse au travail, elle s’arrête et laisse le chantier en
l’état. C’est pour cette raison qu’il manque une fenêtre à Merrigoute
ou la dernière pierre de la flèche de l’église de Parthenay.
Personne ne s’étonne ! Comme si c’était normal...
L’amour qu’elle partage avec Raymondin est sans
faille, limpide comme l’eau de la fontaine de Sé. Elle lui donne dix fils !
Dix enfants bien étranges... Bizarres comme on dit...
Antoine porte à sa joue une griffe de lion, Guion a un œil plus haut que
l’autre, Geoffroy avec sa dent de plus d’un pouce, Urian avec un œil rouge
et l’autre pers, Oron aux oreilles phosphorescentes semblables à celles
d’un chien, Froimond gros nez, Thierry l’homme-singe, Raymond qui est
transparent, Armand haut-comme-trois-pommes, et Renon le plus grand mais dont la
langue traîne par terre.
La famille est riche, alors on ne pose pas trop de questions...
Mais tout de même
A bien y regarder
Quand on réfléchit un peu
Ça saute aux yeux !
C’est pas normal !
Combien de Mataquas pourrissent le monde ? Combien de
vipères...
Raymondin a un frère, le conte Forez.
- Écoute-moi, mon frère, c’est le soucis de ton honneur et de ton renom
qui a guidé mes pas. Ton bonheur seul m’importe et tu sais bien que je
sacrifierais tout ce qui m’appartient pour toi. Écoute-moi, mon frère, on
jase en ville. Tes enfants, ta femme qui se cache une fois par semaine...
M’est avis qu’elle pratique le coït, l’accorte bougresse, avec le démon
!
Raymondin est noble et fier, alors au tout début, il
refuse d’écouter les paroles de son frère. Manquer à sa promesse, trahir la
confiance, il n’en est pas question une seule seconde...
Le venin, distillé, purifié, corrosif, coule...
On jase en ville...
Tes enfants...
Ta femme...
L’accorte bougresse...
M’est avis qu’elle pratique le coït !
Raymondin est noble et fier, alors il finit par douter.
Sa confiance s’effrite. Un samedi, rongé jusqu’en son cœur crépitant, il
se rend devant la porte interdite. Avec la pointe de son épée, il en perce le
bois et il peut bientôt voir tout ce qui se trouve de l’autre coté.
Dans une immense cuve de marbre blanc, sa femme se baigne. Elle peigne ses longs
cheveux, nue de la tête jusqu’au nombril. Dans l’eau trempe une gigantesque
queue de serpent qui claque de temps à autres et projette des éclaboussures
jusqu'à la voûte de la chambre.
- Trahison ! hurle Mélusine. Nous sommes, mon amour, tous deux
damnés ! Toi parce que tu me perds à tout jamais et moi car je retourne au
monde des esprits errants et sans abris !
Et elle disparaît par la fenêtre, comme une tornade, en poussant une longue
plainte.
On prétend qu’elle n’abandonna pas ses enfants
pour autant, et qu’elle revint régulièrement la nuit s’occuper d’eux,
jusqu'à ce qu’ils fussent en âge de se passer d’elle. Ils grandirent, et
selon la prophétie de Persine, donnèrent naissance à d’illustres lignées.
Trois mois avant la mort de Raymondin, qui s’était fait ermite à Montserrat,
Mélusine apparut à chacun d’eux ; vision d’une femme tourmentée et gémissante,
tournoyant seule en peine dans le ciel. De nos jours, on l’aperçoit encore
lorsqu’une forteresse de la famille est vendue, ou bien encore lorsqu’un des
héritiers de ses fils est proche du trépas.
Âme damnée, âme perdue, âme en peine...
Mélusine, la fée rieuse, la fée bâtisseuse.
Mélusine la fée amoureuse.
Plus je dirai et plus je mentirai.
Le récit de la fête est déjà la moitié de la fête
Un mot dit à l’oreille est parfois entendu de loin
On gagne toujours à taire ce qu’on n’est pas obligé de dire
Méfiez-vous des histoires...
